T’es à l’Ouest : tu piges ?
Une quarantaine de participants étaient réunis à la 4e Journée régionale des pigistes de l’Ouest organisée par le Club de la presse Anjou, le 14 octobre, à Angers. A cette occasion, le club angevin a présenté le Guide Médias 2011, un nouvel annuaire des médias de l’Ouest réalisé par des étudiants de l’Ecole supérieure des Pays-de-la-Loire, qui nous accueillait dans ses locaux.
La journée s’est ouverte sur la présentation du Guide des médias 2011 (Bretagne-Centre-Pays-de-la-Loire) réalisé à la demande du Club de la presse Anjou par les étudiants en BTS communication de l’Ecole supérieure des Pays de la Loire, en lien avec Patrick Touchais. Cette base de données, qui regroupe 350 médias des régions de Bretagne, Centre et Pays-de-la-Loire, existe aussi une version numérique, qui permet d’envoyer un mail directement au contact indiqué. | ![]() |
Les étudiants ont ouvert les débats en montrant l'évolution galopante des moyens d'information et l’intérêt des jeunes vis-à-vis des différents supports. Quelques chiffres pour illustrer cette métamorphose : un Ipad est vendu toutes les trois secondes dans le monde ; 38 % des jeunes utilisent d'abord Internet pour s'informer, suivi de la télévision pour un tiers, bien qu’ils fassent davantage confiance à la presse écrite (61 %).
Les magazines et les journaux voient dans les tablettes numériques un moyen de reconquérir leurs lecteurs. En 2010, 435 000 tablettes ont été vendues en France !
« Les tablettes constituent un vrai plus pour la presse si elles sont bien exploitées, estime Valérie Pailler, directrice du département presse écrite et multimédia du CFPJ, dans une interview visible sur Youtube
La profession est en mutation vers un modèle économique qui n’existe pas encore et il est important que les journalistes se forment au bimédia ou au plurimédia :comprendre les principes de référencement, savoir quel outil privilégier sur un événement (papier ou web ?). « Certains, dit-elle, retrouvent le plaisir de faire leur métier. »
Du twit à l’article
Isabelle Dulau, pigiste pour la presse spécialisée (Process alimentaire), a cité un exemple précis d’article issu d’un twit repéré par Anne-Katell Mousset, début janvier 2011. Il s’agissait d’une suspicion de présence de porc dans des saucisses Herta halal ! Après des recherches sur Internet et un coups de fil à la société suspecte, puis au labo d’analyse des échantillons Herta halal, il s’est avéré qu’il y avait bien présence de porc, mais que ça pouvait être lié à un problème de nettoyage. Un coup de fil a été passé à la responsable qualité de Herta, qui a lancé sa cellule de crise, et le produit a été retiré.
Mais plusieurs questions se posent face aux infos qui circulent sur les réseaux sociaux : comment sélectionner les sources pertinentes à suivre sur Twitter ? Comment éliminer le bruit de fond, les gazouillis ? Y a-t-il des règles pour exploiter Twitter ? Quelles informations échanger pour être suivi ?
Il faut évidemment vérifier les sources en mixant les outils classiques et Internet. C’est un outil marketing comme un autre qu’on peut utiliser pour se faire connaître, estiment certains.
Yannick Sourisseau, journaliste angevin et professeur à l’ESTHUA sur la culture web, a créé Angers Mag Info, un journal d’infos citoyen ouvert aux lecteurs.
Sur Twitter, où il suit 400 personnes, il y brassage permanent, dit-il. On y lance parfois une « bombe » pour susciter une réaction. Exemple récent : une conseillère municipale de l’opposition a twitté une info, qui a dû être démentie par la mairie. Il met en garde contre les communicants, en politique, qui maîtrisent bien ces outils. Quant à Facebook, il s’améliore en permanence : on peut désormais recentrer ses amis en cercles.
Jean Abbiateci, journaliste rennais du collectif Objectif Plume, anime deux blogs : L’œil du viseur et Papier brouillon
Selon lui, l’info brute circule désormais toute seule via ces réseaux. Aux journalistes de la vérifier, de la recouper, de la mettre en perspective.
Twitter reste plus élitiste que Facebook, malgré tout.
Marianne Rigaux, une pigiste webjournaliste de Paris suit 1 200 personnes et réciproquement par liste (photo, politique…). Elle a créé des cercles sur Facebook, qui lui sert beaucoup pour l’événementiel (vernissage d’expos, visionnage de documentaires…).
Elle y passe une heure le matin via un agrégateur de flux RSS (Net Vibes).
Ça lui permet aussi de faire de l’autopromotion et donner de la visibilité à son travail.
Elle fait notamment des diaporamas sonores pour le site pelerin.info et son commanditaire sait que son réseau fait circuler l’info.
Interview de Marianne Rigaux, par Berti Hanna
De l’utilisation des réseaux sociaux pour promouvoir son travail
Journaliste depuis 2003, Jean Abbiateci a créé son blog en 2004 pour mettre ses papiers en ligne. Il a réalisé deux gros webdocs et a travaillé en Afrique pour lemonde.fr. Il utilisait alors Facebook et Twitter pour partager des petites infos, des sources (des rapports qu’il jugeait intéressants, par exemple) et annoncer la parution des papiers sur son blog.
Interview de Jean Abbiateci par Berti Hanna
Le site J’aime l’info regroupe des sites d'information souhaitant s'appuyer sur leurs lecteurs pour se développer et lancer des projets.
Views est un jeune collectif de 8 journalistes (dont 2 sont présents). Selon Gautier Demouveaux, ce collectif permet l’agrégation de compétences et une vision plurimédia
Exemple des Tribulations vinicoles de Miss Glouglou, le blog d’Ophélie Neiman, journaliste indépendante. Il est hébergé sur le site du Monde depuis qu’elle a fait une vidéo pour « recracher élégamment son vin » !
Les réseaux professionnels
Viadeo : plateforme française (l’APEC y est liée)
LinkedIn : plateforme plus internationale
Gautier Demouveaux a décroché 2 ou 3 contrats intéressants via son CV, malgré un abonnement gratuit.
Foires aux questions juridiques
Animée par Yves Boiteau, avec Françoise Laigle, pôle pigistes du SNJ, et Bertrand Coudreau, journaliste au Maine Libre, SNJ, commissaire à la Commission de la carte.
Ce moment d’échange a permis d’aborder de manière libre toutes les questions fiscales, sociale, le statut, la carte de presse…
Statistiques sur la carte de presse
En 2010 : 37 007 journalistes encartés (en diminution pour la première fois)
5 776 pigistes et CDD
1 673 pigistes stagiaires
En tout : les pigistes représentent 20 % des journalistes encartés
Le nombre de journalistes en CDI est en baisse.
Pour approfondir : Observatoire des métiers de la presse (lien vers http://www.metiers-presse.org/)
La commission de la carte est composée de 32 commissaires : 16 représentants patronaux, 16 journalistes
Les critères d’attribution sont les mêmes pour les pigistes et les titulaires. L’attribution dépend de :
l’employeur
la fonction
la rémunération (627 euros issus de la presse minimum et 50 % des revenus issus de la presse avec tolérance)
Ils appliquent les textes du Code du travail et de la Convention collective. Ils notent de plue en plus de demandes de pigistes qui ont à côté un statut d’auto-entrepreneur.
Interview de Bertrand Coudreau par Berti Hanna
Françoise Laigle, pôle pigistes du SNJ
Le statut d’auto-entrepreneur est à proscrire totalement pour les journalistes, qui doivent obligatoirement être salariés.
Problème des photographes qui sont payés en droits d’auteur via des agences de presse (au moins 80 % des agences photo paient en droit d’auteur). La commission se dit plus tolérante sur les droits d’auteur des photographes.
De même, il y a une tolérance vis-à-vis des droits d’auteur issus de livres en lien avec le métier.
Quid des tables rondes animées en tant que journaliste et rémunérées en portage salarial via une société de portage ? Refus de la commission de la carte car l’employeur doit être l’éditeur.
Autre possibilité : créer sa propre agence de presse (il faut avoir été journaliste au moins deux ans), à condition d’être salarié de son agence.
Un CDD n’existe que s’il est signé. Les fiches de paie constituent le CDI.
Pour les pigistes, à Pôle Emploi, pas d’équivalent horaire. On peut conserver une activité réduite chez d’autres employeurs sans que ça n’interfère sur les allocations chômage.
Exemple : Pour une journée de référence de 100 euros, si on fait une pige de 100 euros, il y aura un jour d’indemnisé en moins le mois suivant.
Le fait de donner des cours à des écoles de journalisme reconnues si on a deux ans de carte donne droit à la carte.
Protocole pigistes signé en 2008 (contesté par le SNJ)
Protocole sur la formation des pigistes longuement négocié, mais les employeurs voulaient le monnayer contre un accord plus large sur le statut de pigiste (qui supprimait notamment le lien de subordination). Plusieurs des clauses étaient contraires au Code du travail, donc jugement et verrouillage d’éléments qui font qu’on ne peut pas être en dessous du Code du travail et de la Convention.
Piger pour le web : quels débouchés, quels revenus ?
Animé par Florent Godard
Avec Yannick Sourisseau, créateur d’AngersMagInfo, pur player qui se veut complémentaire de la presse écrite locale. Un lectorat s’est installé.
Il s’est inscrit sur la plateforme « J’aime l’info » initiée par Rue89 et le Spil.
Frédéric Lossent du Canard social
Pure player payant monté par deux journalistes qui avaient envie de parler de l’insertion, du handicap, de la dépendance. Média de niche. Ils se disent « journalistes engagés, pas partisans ».
Pas encore à l’équilibre au bout d’un an et demi. Doivent renforcer la région Pays-de-la-Loire et veulent s’installer en Bretagne.
Ils ont aussi des revenus issus de débats (prestataires pour des organismes, des institutions, uniquement si débats contradictoires).
Ils ont édité un hors série papier de 90 pages pour exister aux yeux de ceux qui ne sont pas familiers d’Internet et pour valoriser certains reportages photo.
Rémunération : 120 euros brut par journée travaillée pour les pigistes.
Leur scoop sur la circulaire illégale concernant les Roms a été repris par tous les médias (même le New York Times). L’AFP a dégainé trop tard ! Cf. Télérama.
Interview de Frédéric Lossent, par Berti Hanna
Gautier Demouveaux et Marianne Rigaux
Qui dit web dit multimédia, donc nécessité d’apporter de la photo, du son…
Leurs deux premiers reportages ont été édités sous la forme de blogs, relayés par les médias sociaux, pour créer une réactivité entre les lecteurs et les rédacteurs. Parfois, retours de twits grâce à ça.
Ils parlent d’une nouvelle expérience médiatique, juste défrayée (ils étaient encore étudiants), et citée par l’express.fr
Ils ont couvert ensuite les 20 ans de la chute de Ceaucescu. Voyage payé par L’Express.
Ils réfléchissent à établir des contrats de piges pour établir une régularité.
Marianne Rigaux, 25 ans, réalise aussi des diaporamas sonores pour le pelerin.info
Rémunération : 405 euros brut le diaporama + un feuillet de présentation, soit trois bons jours de travail. Comme elle s’estime lente pour l’écriture, elle y trouve son compte.
Elle possède le Canon 7D, un enregistreur numérique Zoom H4N et fait beaucoup appel à la débrouille.
Elle a une commande de webdoc pour mars prochain qui sera payé en pige et non en Agessa comme l’autre webdoc sur lequel elle travaille (sur l’intégration des Roumains en France). Elle pense qu’on a intérêt à trouver une niche pour optimiser ses recherches.
Synthèse réalisée par Catherine Levesque, pigiste







